Bénin / Chronique : Au regret de nos médiateurs !

Bénin / Chronique :

Au regret de nos médiateurs !

Angelo Dossoumou

Prélats pour la paix, malheureusement, ils ne sont pas éternels. Envolés pour l’éternité avec leur aura et leur capacité à faire taire les divergences, même dans les situations les plus critiques, Monseigneur de Souza et le cardinal Gantin, nous laissent orphelins de leurs médiations bénéfiques pour la décrispation. Et comme toujours, quand le contexte socio-politique est un tout petit peu tendu, le regret d’avoir perdu à jamais les meilleurs de nos arbitres se renouvellent. En plus, aujourd’hui, il y a 20 ans que nous quittait l’archevêque et président du présidium de la conférence nationale qui a su infléchir les positions et permettre au Bénin, un passage en douceur de la dictature à la démocratie. Certes, de son côté, il était très discret dans ses actions sur le champ politique mais en dépit de ça, qui ne sait pas que le Cardinal Gantin a été, pour bien de situations compliquées, le dernier recours ?
Hommes de Dieu au-dessus de la mêlée, interlocuteurs valables de toutes les tendances, ils étaient utiles pour dissuader les velléités extrémistes et décrocher le consensus où qu’il se trouve. En dehors de nos prélats médiateurs, endormis dans la félicité céleste, la crédibilité de certaines de nos têtes couronnées ne souffrait d’aucune contestation et en artisans de paix, elles pouvaient s’afficher et agir. Avant qu’ils ne deviennent presque tous politiciens ou des groupes de pression intéressés et entretenus, les acteurs de la Société civile avaient également leur mot à dire sans qu’on ne puisse déceler une coloration politique. Mais tout cela, c’était avant que les destructeurs de l’héritage laissé par nos sapeurs-pompiers pour la paix ne rentrent en activité.
Conséquence, la relève pour juguler les crises politico-sociales est quasi-inexistante. Aujourd’hui, dans le milieu religieux par exemple, il n’y a plus un leadership de la trempe de Monseigneur de Souza et du Cardinal Gantin qui rassure et dissuade. Ainsi, malgré les efforts inlassables pour se faire entendre, à peine sont audibles par les acteurs politiques, les avertissements et rappels à l’ordre du clergé. Morts avec leur aura, Monseigneur de Souza et le Cardinal Gantin ont, au contraire, laissé un vide dont profitent allègrement des laudateurs d’une autre espèce.
De toute façon, depuis lors, cela donne beaucoup plus de soutiens encombrants d’hommes de Dieu aux politiques et, pour cette raison, un défaut criant de médiateurs qualifiés. D’ailleurs, quand on sait que le Médiateur de la République n’est plus que l’ombre de lui-même, que la Société civile a, depuis fort longtemps, perdu de sa superbe et que les garants de la tradition ont troqué le respect qui leur est dû contre du cash, il ne reste alors que des challengers et leurs inconditionnels en face avec tous les coups permis jusqu’à ce que l’impasse et la pagaille s’ensuivent.
En définitive, ne serait-ce qu’au cours de cette période électorale très agitée, nous devons être tous à l’image de Monseigneur de Souza et du Cardinal Gantin. Bien vrai qu’il est toujours difficile de remplacer les grandes figures historiques mais qui, comme eux, sèmera déjà pour l’union des cœurs au Bénin, des graines d’amour et de tolérance, n’aura pas vécu inutilement. Ce qui est sûr, ce n’est plus l’heure du regret d’avoir perdu de fins médiateurs mais celui d’aller à leur école. Et, en principe, elle doit être largement ouverte afin que nul ne dise, surtout dans le contexte actuel, que la paix est un mot et non un comportement. Surtout pas !

Hermas K. HOUINDO

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